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Intelligence Artificielle

IA et personnes âgées : pourquoi il faut une charte dédiée

août 9, 2026 · secretaire · 4 min de lecture

L’intelligence artificielle débarque dans les EHPAD, les résidences autonomie et les services d’aide à domicile. Assistants vocaux, capteurs de chute, télésurveillance, recommandations d’activités… Les applications se multiplient. Les éditeurs promettent une meilleure qualité de vie et du soulagement pour les équipes. CADOM a déjà abordé le cadre éthique de l’IA dans les ESSMS, mais la question des publics vulnérables reste largement ouverte.

Dans ce mouvement, les personnes âgées sont rarement consultées. Et quand elles le sont, le décalage est net : ce qu’un concepteur voit comme un progrès technique, un résident le vit parfois comme une perte de repères, une surveillance de trop, ou une complexité qui le dépasse.

Des usages qui explosent, un cadre qui manque

Quelques chiffres : le marché de la silver tech en France pèse plusieurs milliards d’euros. Les EHPAD équipés de solutions de télésurveillance et d’assistants intelligents se multiplient depuis 2020.

Mais aucun texte spécifique ne vient encadrer l’usage de l’IA auprès des publics âgés. Le RGPD pose un cadre général. La loi pour une République numérique protège les données. Le programme ESMS numérique fixe des orientations. Rien ne répond à la question centrale : comment garantir que l’IA reste un outil au service de la personne, pas une couche de complexité qui l’exclut un peu plus ?

La fracture numérique, angle mort des déploiements

On parle beaucoup des biais algorithmiques, de confidentialité, de transparence. Pour les personnes âgées, il y a un autre problème : la fracture numérique. Le baromètre du numérique 2024 (Arcep-CGE) indique que 23 % des 70 ans et plus n’ont jamais utilisé Internet. Parmi ceux qui l’utilisent, beaucoup ne maîtrisent que les bases.

Quand on déploie un assistant vocal qui demande de paramétrer des préférences, ou un outil prédictif avec des alertes sur tablette, on suppose un niveau de compétence numérique qui n’est pas toujours là. La technologie, censée aider, devient une source d’anxiété. Ou pire : les équipes la contournent et reviennent au papier. Parce que « c’est plus simple ».

Ce qu’une charte devrait garantir

Une charte IA pour les personnes âgées portée par les pouvoirs publics, les fédérations d’ESSMS ou les acteurs du numérique en santé devrait selon nous reposer sur six principes :

L’humain d’abord. L’IA ne remplace pas la relation humaine. Elle l’augmente ou la facilite, mais elle ne se substitue jamais à un soignant, un aidant ou un proche.

L’accessibilité réelle. Tout outil déployé auprès de seniors doit être testé avec eux, conçu avec des interfaces simples, accompagné d’un support humain. Pas de déploiement sans formation.

La transparence. Le résident ou le patient doit comprendre, en termes simples, ce que la machine analyse, pourquoi et avec quelles conséquences. Pas de boîte noire.

Le droit de dire non. Une personne âgée doit pouvoir refuser une solution d’IA sans pénalité sur sa prise en charge. Pas d’IA obligatoire.

La protection des données. Les données de santé des seniors sont particulièrement sensibles. La collecte doit être limitée au strict nécessaire, sans profilage abusif.

Ne pas creuser la fracture. Introduire l’IA ne doit pas élargir l’écart entre ceux qui maîtrisent et ceux qui ne maîtrisent pas. L’accompagnement humain fait partie de la solution, pas une option.

Un appel à construire ensemble

CADOM n’a pas la solution toute faite. Mais le sujet est trop important pour attendre qu’un incident vienne imposer une régulation dans l’urgence. C’est maintenant, alors que les déploiements restent à taille humaine, qu’il faut poser les garde-fous.

Nous lançons un appel aux acteurs du secteur : fédérations d’ESSMS, pouvoirs publics, éditeurs de solutions, associations d’usagers. Travaillons ensemble à une charte IA pour les personnes âgées. Pas un document de plus qu’on range dans un tiroir. Un cadre opérationnel, discuté sur le terrain, applicable dans les établissements et services.

Vous travaillez sur un projet IA dans votre ESSMS ? Vous avez repéré des bonnes pratiques ? Contactez-nous. Construisons cette charte ensemble.


Cet article est publié par CADOM, association accompagnant les ESSMS dans leur transition numérique, cybersécurité et IA.

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